Si de jeunes joueurs brillent grâce à leurs feuilles de stats bien remplies en ce début de saison – à l’instar des Nicolas Pépé, François Kamano ou encore Jonathan Bamba – d’autres aussi régalent sans pour autant attirer la lumière sur eux. C’est le cas du milieu de l’AS Saint-Étienne, Ole Selnaes devenu le véritable chef d’orchestre de l’entre-jeu des Verts. L’occasion pour Démarquage d’essayer de vous éclairer sur ce joueur de la même manière qu’il éclaire le jeu stéphanois.

 

Ole Selnaes à la baguette ©le10sport.com

De Norvège au Forez

Chez les Selnaes, le foot c’est comme une histoire de famille. Bien avant qu’Ole Kristian ne brille sur les pelouses de Ligue 1, son père occupait le poste de gardien de but à Rosenborg, club norvégien le plus titré, avant de devenir entraîneur d’équipes de jeunes. Quant à son frère, il est lui aussi dans le milieu et occupe un poste de manager dans plusieurs clubs de son pays. C’est donc naturellement qu’Ole Kristian Selnaes s’oriente dès son plus jeune âge vers le ballon rond. Un chemin qui l’amène à suivre les traces de son père puisqu’il intègre en 2009 le prestigieux club de Rosenborg. Tout juste âgé de 15 ans, le jeune gaucher enchaîne rapidement les bonnes performances qui l’amènent à signer son premier contrat pro alors qu’il n’a que 17 ans. Il ne met que quelques semaines à s’imposer comme un titulaire au poste de milieu défensif de l’équipe première. En l’espace de 2 ans, le natif de Trondheim connait une ascension fulgurante qui va brutalement s’interrompre par une blessure contractée à la mi-saison. Pour palier à cette absence, les dirigeants recrutent massivement au milieu de terrain. A son retour de blessure, la place de titulaire est prise mais le temps joue en faveur de Selnaes qui ne met que quelques mois à la récupérer. Sa meilleure saison sous les couleurs du BK Rosenborg intervient en 2015. Il inscrit 2 buts et délivre 3 passes décisives cette année là. Qualifiée pour la Ligue Europa, son équipe est placée dans la même poule de l’AS Saint-Étienne. Lors des deux rencontres opposants les deux formations, le Norvégien impressionne et domine le milieu stéphanois sans discussion. Il n’en fallait pas plus à la paire Romeyer – Caïazzo pour se positionner sur le dossier de la jeune pépite tout juste élu meilleur joueur du championnat norvégien.

C’est donc en 2016, dans les dernières heures du mercato hivernal, qu’Ole Kristian rejoint Saint-Étienne contre 3.2 millions. Fraîchement débarqué dans un pays qu’il ne connait pas, il doit également faire avec le calendrier européen qui n’est pas le même que celui de Norvège. En effet, la Tippeligaen se déroulant de mars à décembre, Selnaes pose ses bagages dans le Forez alors qu’il vient à peine de terminer sa saison avec son ancien club. En plus de la fatigue, il doit faire face à une nouvelle langue, un nouveau championnat et prendre de nouvelles habitudes. Intelligemment, Christophe Galtier – alors encore coach des Verts – décide de ne pas précipiter l’intégration d’un joueur qui ne bénéficie d’aucune préparation. Ses apparitions sont rares mais suffisent à emballer les supporters stéphanois qui tombent vite sous le charme du joueur. Fort d’une préparation estivale complète et d’une adaptation plutôt réussie dans sa nouvelle vie, c’est lors de la saison 2016-2017 que la belle histoire commence entre Ole Selnaes et l’AS Saint-Étienne. S’il avoue qu’il est parfois difficile de vivre loin de sa famille et de ses amis, l’international norvégien n’est pas dépayser en ce qui concerne le temps au vu de l’hiver glacial qui l’attend dans le Forez. Au sein du groupe Ole n’est pas le plus bruyant. Néanmoins, en cas de victoire, c’est lui qui se charge du cri de joie collectif tout droit importé de Rosenborg. Dès ses débuts, Galtier l’utilise dans son poste préférentiel, celui de sentinelle devant la défense. En manque d’un leader technique au milieu, le Norvégien se met rapidement le Chaudron dans sa poche grâce, notamment, à une mentalité de guerrier qui plait particulièrement.

Entre doutes et talent indéniable

 

“Monnet-Paquet le banc c’est par là !” © le10sport.com

 

Mais alors qu’Ole semble avoir trouver son train de vie, la maison Verte va connaître un grand chamboulement à l’été 2017. Exit Christophe Galtier et ses 9 années passées sur le banc de l’ASSE, remplacé par l’entraîneur espagnol Oscar Garcia. Dans ses bagages, il amène avec lui des promesses de jeu affichées lors de son passage au Red Bull Salzburg. Un style résolument offensif qui a tout pour plaire au numéro 17 stéphanois qui garde évidemment sa place de titulaire. Malheureusement, la touche espagnole ne prendra jamais et l’équipe coule littéralement journée après journée. Le tacticien fini même par quitter le navire après une défaite cinglante 5-0 à Geoffroy Guichard, lors du derby face à Lyon. L’intérim de Julien Sablé ne change rien, les Verts foncent dangereusement vers la zone rouge. Heureusement, Saint-Etienne va trouver son sauveur en la personne de Jean-Louis Gasset, nommé entraîneur principal en décembre 2017. Le troisième entraîneur de la saison joue un rôle très important pour Selnaes lors du mercato d’hiver. Les dirigeants stéphanois auraient été proche d’accepter une offre de prêt payant (ndlr: 500 000 euros) avec option d’achat (ndlr: environ 3 millions d’euros) de la part du club Belge de Genk. C’est le néo-entraîneur lui-même qui aurait mis son veto pour que le Norvégien soit conservé. La suite n’est que réussite pour Selnaes qui monte en puissance et devient le maître à jouer de cette équipe. Au côté du revenant Yann M’Vila, ils forment une paire très complémentaire au milieu de terrain. Seul problème pour le joueur formé à Rosenborg : sa production statistique qui lui empêche d’être véritablement mis en lumière. En effet, Ole a du attendre plus de deux ans avant de distribuer ses deux premières passes décisives sous le maillot vert, lors de l’ultime journée de la saison dernière (5-0 face à Lille). Néanmoins, ce vide statistique a de bonnes chances d’être comblé cette saison. Jean-Louis Gasset apprécie particulièrement le jeu du Norvégien et commence à le placer de plus en plus haut sur le terrain. Depuis le début de saison, Selnaes prend davantage de liberté dans le jeu offensif stéphanois et n’hésite pas à évoluer dans une position de n°8 voir de n°10 lorsque les situations le permettent. Une option plutôt séduisante lorsque l’on connait ses qualités.

Toute proportion gardée, Ole Selnaes nous rappelle le style de jeu d’un certain Andrea Pirlo. Joueur élégant balle au pied, il dispose d’une qualité de passe associée à une vision du jeu supérieure à la moyenne. Toujours la tête levée sur le terrain, il ne cesse de prendre l’information auprès de ses partenaires. Ce temps d’avance lui permet de régulièrement prendre les bonnes décisions et d’aérer le jeu lorsque celui-ci est bloqué d’un côté du terrain. Mais la grande spécialité du Maestro Norvégien est sans nul doute cette capacité à trouver la fameuse passe qui casse les lignes adverses. Que ce soit d’un plat du pied sécurité ou d’un extérieur soigneusement caressé, Ole finit toujours pas trouver la solution et créer le décalage. Sa patte gauche est un véritable délice oculaire dont on ne cesse de se régaler. En plus d’être un créateur, l’international norvégien fait preuve d’une forte personnalité. Souvenez vous de sa suspension de 11 mois (!) en sélection après qu’il ait vivement critiqué un arbitre assistant à la suite d’une défaite  1-0 en Azerbaïdjan. Sur le terrain c’est aussi lui qui donne de la voix. Globalement le milieu norvégien est très propre dans son jeu et apporte un esprit positif à l’ASSE mais le joueur de 24 ans a aussi des axes de progression. Le premier et peut-être le plus important, c’est sa tendance à se faire éliminer trop facilement en phase défensive. Combatif, il a parfois tendance à se jeter trop facilement et permet aux adversaires d’être en situation de surnombre. Un aspect du jeu qu’il faudra vite améliorer s’il veut dominer encore plus la bataille du milieu. Physiquement, le n°17 des Verts n’est pas très rapide mais réussi souvent à compenser au duel. Son principal défaut par rapport à son physique reste son manque de présence dans les duels aériens. Malgré son mètre 87, il a tendance à se laisser dominer dans les airs. Enfin, au vu de la qualité de son pied gauche, on est en droit d’attendre davantage de buts de sa part. Peut-être que son positionnement plus haut sur le terrain pourra prochainement lui permettre de débloquer son compteur but, toujours bloqué à 0 sous le maillot stéphanois.

Toujours méconnu du grand public, Selnaes a pourtant toutes les qualités requises pour faire parler de lui. Malheureusement, dans un football qui se veut de plus en plus moderne et donc basé sur les statistiques, le milieu norvégien peine à exister. A lui désormais de se montrer encore plus décisif, que ce soit dans la dernière passe ou grâce à quelques buts qui pourraient le mettre en lumière. Du haut de ses 24 ans, il dispose d’une marge de progression assez énorme qui pourrait rapidement le mener vers de hautes sphères footballistique. 


Pierrick IMBERT

"Il n'y a pas d'endroit dans le monde où l'homme est plus heureux que dans un stade de football."


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