Le 26 mai dernier, pour la 13ème fois de son histoire, Le Real Madrid a soulevé la Ligue des Champions en venant à bout du Liverpool de Mohamed Salah (3-1). Auteur d’un but et d’une  prestation de classe mondiale, Karim Benzema remporte la compétition pour la 4ème fois. Aucun joueur français n’a fait mieux. Pourtant, il sera en vacances lorsque se déroulera le plus grand événement sportif de la planète : la Coupe du Monde.

Enquête sur l’un des dossiers les plus sensibles du football français.

“Que des numéros 10 dans ma team” crédits : VALERY-HACHE©/AFP

 

Karim Mostafa Benzema nait le 19 décembre 1987, à Lyon. Ses parents, d’origine algérienne, sont alors installés à Bron, en banlieue lyonnaise, où Karim passe la totalité de son enfance. Depuis tout petit, c’est son père qui l’initie au football et rêve secrètement d’en faire un joueur professionnel. A 7 ans, il obtient sa première licence au club local du SC Bron Terraillon. Deux ans plus tard, en 1996, il intègre prématurément les équipes juniors de l’Olympique Lyonnais où il y fera toutes ses classes, jusqu’à la signature de son premier contrat professionnel en 2005.

La suite, on la connait : 4 titres de champion de France avec son club formateur, une signature au Real Madrid à 21 ans puis 4 Ligues des Champions remportées depuis.
Surdoué techniquement et doté d’une grande intelligence de jeu, Karim Benzema possède l’un des plus beaux palmarès du football hexagonal. Co-recordman français du nombre de titre remporté en Ligue des Champions (à égalité avec Raphael Varane) et meilleur buteur français de l’histoire de la compétition (avec 56 buts inscrits en 104 matchs), l’attaquant du Real Madrid – et non Real de Madrid – postule légitimement au titre de plus grand joueur Tricolore de l’histoire de la C1.

Dès lors, comment expliquer qu’un footballeur si talentueux puisse devenir l’ennemi public numéro 1 des Bleus ? Pourquoi possède-t-il autant de détracteurs à travers le monde ? Est-ce réellement justifié ?

Vu de l’étranger …

Ce qu’on lui reproche : des statistiques souvent jugées indignes d’un numéro 9 du Real Madrid.

L’ancienne pépite lyonnaise vient d’achever sa 9ème saison dans la capitale espagnole.  Il pèse 192 buts (dont seulement 3 penaltys) en 412 rencontres disputées depuis son arrivée en Espagne, auquel il faut ajouter 95 passes décisives. Des statistiques loin d’être ridicules, surtout qu’il joue au côté d’un certain Cristiano Ronaldo qui a souvent tendance à tirer la couverture – et accessoirement les pénos – à soi. Le fond du problème provient surtout de la saison que vient de réaliser Benzema en Liga : 5 buts seulement en 32 matchs. Pour l’opinion footballistique internationale, c’est insuffisant.

Il manque un doigt / source : football365.fr

 

Est-ce justifié ?

Les critiques sur sa saison en Liga sont totalement justifiées. A l’image de son équipe, KB9 ne s’est que trop peu montré à son meilleur niveau, pêchant notamment grandement dans la finition.
Mais est-ce suffisant pour remettre en question le joueur qu’est Karim Benzema et tout ce qu’il a accomplit du haut de ses 30 ans ? C’est un non catégorique.

Tout d’abord, et c’est important de le rappeler, Karim n’est pas un pur attaquant comme peuvent l’être les Suarez, Falcao, Higuain et autre Cavani. Il est ce qu’on appelle un 9 et demi : mi-pointe, mi-meneur de jeu. Mi-buteur, mi-créateur. Son jeu se rapproche d’ailleurs bien plus d’un numéro 10 que d’une pointe pure. Si les compositions du Real laissent à penser que « Benzebut » occupe la place centrale des 3 de devant, c’est bien CR7 qui occupe ce rôle sur le terrain depuis quelques années maintenant. En vaillant soldat qu’il est, le natif de Lyon préfère s’atteler à l’organisation du jeu aux côtés des Modric et Isco, même s’il n’est jamais très loin lorsque le portugais laisse tomber quelques miettes.

Tomber, pour mieux se relever

Il est donc totalement logique que Karim marque moins que d’autres attaquants davantage obnubilés par le but. Comme il est naturel que ces derniers interviennent moins dans la construction du jeu de leurs équipes respectives.
Mais la plus grande force de l’ex-numéro 10 des Bleus est sa capacité à répondre présent lors des grands matchs. Dernièrement encore, malgré une saison moyenne, Karim a sorti 2 prestations très abouties au moment où son équipe en avait le plus besoin : en demi-finale retour (2 buts inscrits face au Bayern Munich) et en finale (il ouvre le score) de Ligue des Champions, réalisant de très grandes prestations, et aidant ainsi grandement son équipe à remporter pour la troisième année consécutive la Coupe aux Grandes Oreilles.
S’il est footballistiquement reconnu que « les grands joueurs répondent présents dans les grands rendez-vous », Karim doit être internationalement reconnu comme tel.
Mais s’il possède quelques détracteurs à l’international, ils ne sont finalement qu’une minorité. Paradoxalement, c’est au sein de son propre pays que son cas divise le plus …

 

Vu de France …

Ce qu’on lui reproche : Docteur Real and Mister France

En France, ses performances avec le Real ne sont que très peu souvent remises en question. En revanche, son niveau de jeu en sélection est très contesté. Il faut dire que ses statistiques ne plaident pas en sa faveur : 27 petits buts inscrits en 81 sélections. Sa période sans marquer durant 1200 minutes consécutives n’aide pas non plus et reste gravée dans la mémoire des supporters français.

Est-ce justifié ?

Oui et non.
Oui, car personne ne peut affirmer que Benzema a eu une carrière en Equipe de France à la hauteur de son talent. Non, puisqu’il dispose d’un nombre important de circonstances atténuantes.
Il faut, dans un premier temps, prendre en considération le niveau catastrophique de l’Equipe de France dans laquelle il a évolué durant la majeure partie de sa carrière. Une équipe située entre 2 générations dorées: l’une qui a tout gagné par le passé, l’autre qui doit tout remporter à l’avenir.
En 2013, la France obtient sa qualification au Brésil en réalisant une belle « Remontada » (2-0 pour l’Ukraine à l’aller, 3-0 pour les Bleus au retour dans un Stade de France digne de 1998). Cette date marque le retour de la sélection française parmi les « grandes nations mondiales ». Car entre 2006 et 2013, elle avait mis son statut en hibernation. Aucun fond de jeu, des résultats indignes et surtout, des fiascos lors des grandes compétitions (Knysna, ça vous dit quelque chose ?). Une période noire durant laquelle l’Equipe de France faisait peine à voir.

Dans ce contexte, Benzema a été sélectionné à 63 reprises pour 16 buts inscrits. Difficile de faire mieux au vu du jeu proposé. Le principal problème de Benzema a toujours été son entêtement à vouloir redescendre très bas pour toucher un maximum de ballons. A tel point que l’on se demandait même s’il n’évoluait pas au milieu de terrain. Dès lors, est-ce anormal pour un joueur situé à ce poste de ne pas marquer pendant 1200 minutes ? Non. C’est très commun. Ces 1200 minutes sans marquer étaient surtout la preuve d’une Equipe de France alors en grande souffrance.
Mais en 2013, ce fameux match retour face à l’Ukraine marque un tournant dans la carrière internationale de Karim. Le but qu’il inscrit au cours de la rencontre et sa prestation générale représentent un véritable déclic : s’en suit des prestations en nette progression au point d’être élu meilleur joueur français du mondial dans de nombreux sondages. A la suite de ce déclic “ukrainien”, Benzema inscrit 11 buts et distille 6 passes décisives en 18 rencontres disputées sous le maillot bleu.

Quelle soirée ! crédits : Pierre René-Worms © France24

Il est évident que lorsque le niveau de l’Equipe de France s’est élevé, le niveau du natif de Lyon a également décollé. Mais si la presse et la France du football peinent à relever cette progression (elle n’est même jamais mentionnée), c’est avant tout à cause de l’impopularité de l’attaquant tricolore. S’il est humain de ne relever que le positif d’un joueur que l’on apprécie et de fermer les yeux sur le négatif, l’inverse l’est tout autant.
Cette impopularité est la conséquence de problèmes extra-sportifs à répétition dont Karim a fait l’objet tout au long de sa carrière…


De nombreux problèmes extra-sportifs

Ce qu’on lui reproche : son manque de patriotisme

Tout commence le 6 Décembre 2006. Invité de l’émission d’RMC « Louis Attaque », Benzema, qui n’a pas encore 19 ans, explique alors son choix de représenter  la France plutôt que l’Algérie : « (La France,) c’est plus pour le côté sportif, parce que l’Algérie c’est mon pays, voilà. Mes parents viennent de là-bas. Après, la France… C’est plus sportif, voilà ». Des déclarations très maladroites qui ne passent pas auprès de l’opinion public.
Malgré cela, l’ancien lyonnais enchaîne les sélections en Bleu, sans jamais chanter l’hymne national. Dans l’esprit des français, cela coince de nouveau. L’impopularité de Benzema grandit de jour en jour, et fait un bond supplémentaire lors de l’affaire Zahia.

Le jour où tout a basculé / crédits : Philippe Huguen © AFP

Mais ce qui entraine la cassure définitive entre Karim Benzema et la France, c’est l’affaire dite “de la sextape“. En 2015, Benzema est étendu par la justice française pour sa supposée implication dans une tentative de chantage auprès de son coéquipier en Bleu, Mathieu Valbuena. Suite à cette affaire, il ne participe pas à l’Euro en France. Il déclare alors que Didier Deschamps « a cédé à la pression d’une partie raciste de la France ». Des déclarations maladroites qu’il auraient du éviter d’autant qu’elles s’adressent à un sélectionneur pour le moins rancunier. L’avenir de Karim en équipe de France est désormais très compromis.

Est-ce justifié ?

Non. Non. Non.
Ses premières déclarations sur l’Algérie, « son pays », sont d’une maladresse sans nom, mais proviennent d’un gamin de 18 ans totalement immature et qui a grandi au côté d’un père fan de la sélection algérienne, à qui il doit tout. Mais que Benzema le veuille ou non, que les français le veuillent ou non, Karim est né en France, a grandi en France, et plus important que tout (puisqu’il s’agit là de football) : il a appris le football en France. Son talent, c’est à son pays natal qu’il le doit.
De plus, beaucoup l’oublient, mais son choix final s’est bel et bien porté sur l’Equipe de France. Autre reproche qui revient régulièrement lorsqu’on associe les Bleus à KB9 : l’hymne national.

Karim Benzema ne chante pas la Marseillaise ? Soit. Faut-il en faire un procès ? Cela n’est pas nécessaire. Il n’est ni le premier, ni le dernier joueur français à ne pas chanter l’hymne. Des joueurs tels que Zinédine Zidane et Michel Platini – devenus par la suite des légendes du football français – ne la chantaient pas. Rien n’oblige un joueur à chanter. Tout simplement car c’est un footballeur et de ce fait, il doit être uniquement jugé sur ses performances dans le rectangle vert.
En ce qui concerne toutes les affaires extra-sportives dont il a pu être lié, ça ne regarde que lui. Sa vie privée doit rester privée. Seules ses performances sur le terrain doivent être un critère de sélection. Si la justice décide de le condamner, alors il doit l’être. Mais jusqu’à présent, il ne l’a jamais été.

© AFP

Néanmoins, la France reste la France. Le football y est massivement vécu à travers des polémiques et on ne s’attarde que trop peu sur ce qu’il se passe sur le terrain. C’est probablement le seul pays au monde ou un talent tel que Benzema peut être autant décrié. Là où le sportif semble parfois secondaire, le comportement et la communication sont devenus des valeurs essentielles. Libre à chacun d’en juger. En tous cas, une chose est sûre, c’est à cause de ces deux derniers points que Karim Benzema est passé à côté d’une brillante carrière internationale.

A moins que le prochain sélectionneur ne lui laisse une dernière chance…

 


Max MIOTTO

Un beau jour, Pirlo toucha la balle et le foot devint art


4
Poster un Commentaire

avatar
3 Comment threads
1 Thread replies
0 Followers
 
Most reacted comment
Hottest comment thread
2 Comment authors
IsmaëlElfuego Recent comment authors
  Subscribe  
plus récents plus anciens plus de votes
Me notifier des
Elfuego
Invité

Benzema est le bouc émissaire pour une grande partie de la France, qui voit en Deschamps un grand entraîneur alors qu’il est a la tête de l’EDF depuis 6 ans sans aucun titre ni fond de jeu.

Elfuego
Invité

Benzema est le bouc émissaire d’une partie de la France, qui voit en Deschamps un grand entraîneur alors qu’il est la tête de l’EDF depuis 6 ans sans aucun titre, sans fond de jeu et tout ça avec une des meilleures générations qu’ait connu la France.

Elfuego
Invité

Déjà évite de mettre Giroud et Zidane dans la même phrase stp, on pourrait croire que c’est le même sport. Ensuite le foot c’est loin d’etre Des statistiques comme la NBA mais si tu vois que cet aspect réducteur du foot, baaah Benzema 4 LDC et DD 6 ans a la tête de l’Edf pour : 0 titre !

Ismaël
Invité
Ismaël

Très bon article, bien écrit qui retrace bien les maux antérieurs à cette non sélection. Un joueur hors norme qu’on aimerait voir au sein de cette équipe rajeunie et plein de talents.